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Elections 2021 : Les thèmes de campagne, un casse-tête pour les partis

Six mois avant les élections, les Marocains ne connaissent toujours pas les thèmes de campagne qui seront exploités par les partis politiques pour les convaincre de voter. David Goeury, chercheur associé au Centre Jacques Berque, estime que les multiples coalitions imbriquées aux échelles nationale, régionale et communale lors des mandatures précédentes amoindriront les grandes oppositions idéologiques et que la crise inédite du Covid19 dont la sortie est encore très incertaine rendra la construction de programmes très difficile. De son côté, le président de l’Observatoire de la participation politique Jawad Ech-Chafadi avance qu’ils attendent de connaître le contenu du rapport sur le modèle de développement pour s’en inspirer avant de commencer leur campagne électorale.

A l’approche des 3 scrutins qui devraient se tenir avant le dernier trimestre de 2021, les formations politiques sont quasi muettes sur les thématiques qui seront mises en avant lors de la campagne électorale.

Un silence sans doute dû à une crise sanitaire qui a complètement rebattu les cartes, à l’annonce prochaine du nouveau modèle de développement par la commission royale et à la configuration de la scène politique actuelle au niveau national et territorial.

Des slogans différents en fonction de l’appartenance à la majorité ou à l’opposition

Sollicité par Medias24, le chercheur David Goeury pense que le choix des futurs thèmes de campagne dépendra, bien évidemment, en premier lieu de la place qu’occupent actuellement les partis sur l’échiquier politique, à savoir s’ils ont un bilan à défendre dans la majorité ou s’ils sont placés dans l’opposition.

« Cette année est très particulière. Les partis vont à la fois faire campagne pour le local, le régional et le national. Or, il y aura une primauté aux enjeux locaux qui sont plus à même de mobiliser les électeurs.

« Les sections locales s’organisent pour certaines depuis plusieurs mois désormais, et dans les grandes métropoles un certain nombre d’entre elles essaye de se positionner en critiquant le bilan du PJD qui a dirigé le gouvernement, les régions de Rabat-Salé-Kénitra et Draa-Tafilalet et surtout les grandes métropoles marocaines comme Rabat, Casablanca, Tanger, Agardir, Fès ou Marrakech ».

Le bilan du PJD, un argument de campagne rassembleur et bien pratique

« Par conséquent, à Casablanca, certaines sections locales de partis développent une thématique de campagne très focalisée sur la critique du PJD.

« Dans ce contexte, si les militants privilégient les enjeux locaux, il sera difficile pour les partis de lancer un mot d’ordre national. Par ailleurs, les multiples coalitions avec le PJD, que cela soit au gouvernement ou au niveau régional et au niveau communal, rend la critique plus difficile.

« Ainsi, à l’échelle nationale, un parti pourra donc difficilement commencer à construire des thématiques de campagne en rupture, alors qu’il a participé de la dernière coalition gouvernementale et est donc lié aux autres partis du gouvernement depuis des années.

« Par exemple, le RNI qui mène une campagne active, fait non seulement partie du même gouvernement mais a aussi noué des alliances au niveau régional avec le PJD pour présider les régions de Souss-Massa et de Guelmim Oued Noun. »

En temps de crise, un consensus qui rend difficile la distinction politique

« De plus, la pandémie Covid19 a créé une situation exceptionnelle et a conduit à un large consensus sur plusieurs thématiques socioéconomiques.

« Désormais, les partis s’accordent sur des politiques publiques extrêmement innovantes et sur l’urgence d’accélérer l’adoption de politiques sociales.

Difficulté de construire des programmes quand on ne peut pas se rassembler

« L’autre difficulté pour construire des programmes où se constituer en force de proposition à l’échelle nationale réside dans l’impossibilité actuelle des partis d’organiser des congrès physiques.

« Les conférences sur Zoom ne pourront en effet jamais les remplacer car le mode de rassemblement virtuel n’a pas la même capacité de discussions permettant d’arriver à des consensus programmatiques.

« Les partis n’ont pas pu se réunir et s’organiser alors que la rédaction d’un programme national convaincant suppose nécessairement de longues discussions pour s’accorder sur des thématiques prioritaires.

Les candidats aux élections locales auront moins de mal à convaincre les électeurs

« On est donc dans une situation compliquée avec des secrétaires généraux qui essayent de faire circuler des idées dans leur parti comme c’est le cas avec A. Ouahbi, A. Akhannouch, N. Baraka … alors qu’au niveau local, les sections s’organisent de façon indépendante pour préparer la campagne.

« Sachant qu’il est difficile d’organiser de grands rassemblements publics, plusieurs sections locales des formations politiques se réunissent et préparent leur plan de campagne mais sur des enjeux très locaux.

Une absence de visibilité due à l’impossibilité de battre la campagne

« De l’extérieur, on ne retient que les prises de position médiatiques des chefs de parti et non le travail continu de concertation et de mobilisation qui se fait au niveau local.

« En effet, ce dernier est beaucoup moins visible, car il se fait entre militants ou autour de figures de notabilité qui entretiennent des réseaux de clientèle.

« En réalité, une bonne campagne électorale ne passe pas par des annonces dans les médias mais requiert un vrai travail de terrain, grâce à des militants que l’on doit convaincre avec une organisation locale efficace.

Des arguments de campagne qui auront du mal à s’imposer dans un climat d’incertitude

« Si les thèmes de campagne basés sur des enjeux socio-économiques sont déjà connus, la vraie question est de savoir comment les partis vont arriver à se cristalliser des mots d’ordre dans une conjoncture où l’incertitude persiste encore sur la date des élections et surtout sur un éventuel retour à une forme de normalité post-Covid.

« De plus, il faut prendre en considération la situation de ceux qui vont porter la campagne à savoir les militants, les sympathisants, les organisations syndicales mais aussi professionnelles.

« Ces dernières sont souvent peu considérées par les observateurs alors que les élections professionnelles vont jouer un rôle essentiel dans la mobilisation des militants. Cet enjeu est très important pour les partis comme en atteste la prise de position récente de Nizar Baraka à propos de la CGEM », conclut M. Goeury.

A la question portant sur l’utilisation éventuelle du rapport sur le modèle de développement par certains partis politiques pour rédiger leur programme, le chercheur rappelle que les partis ont été consultés par la commission et qu’actuellement il est difficile de spéculer sur leur usage des recommandations à venir.

Des partis dans l’expectative totale

C’est pourtant la thèse défendue par Jawad Ech-Chaffadi, président de l’Observatoire de la participation politique, qui nous explique que l’ensemble des partis politiques attendent impatiemment sa publication pour s’en inspirer avant de présenter les axes principaux de leur campagne électorale.

« Pour l’instant, les huit grands partis politiques marocains sont dans l’expectative totale car ils attendent tous le rapport de la commission spéciale sur le modèle de développement que devra adopter le Maroc pour les prochaines années.

Pas de début de campagne possible avant la publication du rapport sur le modèle de développement

« Selon les états-majors du PJD, RNI, Istiqlal … que j’ai interrogés, il ne risque pas d’y avoir de campagne électorale tant qu’ils ne connaitront pas le contenu de ce nouveau modèle de développement qui donnera la tendance à suivre pour construire leur propre feuille de route électorale et ses priorités.

« Cela ne veut pas dire qu’ils ne sont plus capables de rédiger un programme mais plus prosaïquement, face à la crise actuelle totalement inédite, les partis veulent profiter de son état des lieux et de ses conclusions avant de prendre des initiatives et proposer leurs propres solutions socio-économiques.

« En effet, ils refusent de proposer des réponses avant de connaître celles d’une institution indépendante avec qui ils ont tous collaboré, qui de plus travaille sur cette problématique avant le début de la crise actuelle », conclut l’analyste pour qui les partis politiques sont complètement dépassés par la situation inédite générée par la pandémie du coronavirus.

Quoiqu’il advienne, il semble évident que les thèmes de campagne des partis proposeront des solutions aux lacunes révélées par la crise comme une nécessaire amélioration de la situation des hôpitaux et de l’éducation, la création d’un filet social à travers une aide ciblée aux plus défavorisés …

l’observatoire marocain de la participation politique

source: Media24

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